L’IA peut-elle remplacer le travail de biographe ?

10 Fév 2026 | Autour de la biographie

« Et l’IA, ça ne vous fait pas peur pour votre activité ? »

Question posée à la volée lors de la dernière rencontre à laquelle j’ai participé pour parler de mon métier et de tout ce qu’il revêt. C’était lors du café littéraire organisé par l’Espass de Podensac, lieu hybride, à la fois Ehpad et tiers lieu s’attachant à faire le lien entre l’intérieur et l’extérieur. Le lien. C’est bien de cela dont il s’agit dans mon activité de biographe.

Avant les mots. Les phrases que l’on retouche 1000 fois. Les chapitres. Les trouvailles. Il y a la rencontre. L’écoute. Les rendez-vous hebdomadaires. Et les langues qui se délient dans le creux d’une oreille bienveillante. Il y a les fils que l’on tisse à deux, pour donner corps aux mots.  Aux histoires emmêlées. Il y a le temps, nécessaire et, parfois taiseux.

Y a t-il une place pour l’intelligence artificielle ?

Où se situe l’IA dans cette rencontre ? Peut-on se satisfaire d’un encouragement formaté de Chat Gpt ?  Produirait-il les mêmes effets ? Un coup de brosse à reluire de l’intelligence artificielle pour balayer les années passées et l’effort de dire. Un substitut gratuit ou presque pour accueillir les vicissitudes de nos vies. Alors, une chose est sûre l’IA n’aurait pas buté sur l’orthographe de « vicissitude ». Mince, d’abord le « c » ou les deux « s ».  Et si je n’avais pas vérifié. Et si j’avais inversé. Cela aurait-il nuit à la qualité de mon propos et de mon texte ?

Quel serait l’intérêt pour moi, artisane des mots, de m’en remettre à l’IA pour réaliser le travail que j’affectionne ? Celui qui me fait dire « je suis à ma place ». Aucun. L’écriture est une tâche qui peut parfois se révéler ardue. On se cogne à un mot. On y retourne. Pas lâcher. Continuer. Obstination (ou obsession) quand tu nous tiens. L’idée est là. Les phrases affleurent. On croit que. On y va. Puis, pomme Z. Une frappe rageuse qui dit tout l’effort dans l’acte de. On efface tout et on recommence. Le labeur reprend. Le bout de la langue frétille. Les doigts s’impatientent. Et les joues s’empourprent. On y est. Voilà. C’est ça. C’est exactement ça, ce que je devais écrire. Satisfaction. Jubilation intérieure. J’ouvre la voie et donne à entendre celle de mon narrateur. Avec un « x » bien sûr.  Le cairn est posé. Je continue l’ascension. Un pas après l’autre. Un mot dans l’autre. Et une phrase dans chaque main.

Parole de biographe

Pour faire plus court (mais je ne sais pas faire !), j’aurais pu reprendre la citation de Sorj Chalendon dans « La Légende de nos pères » :

«  – Vous allez vous perdre dans les détails, a murmuré le vieil homme

J’ai relevé la tête en souriant. Je ne me servirai pas de tous ces éléments. J’ai expliqué que pour raconter une histoire, je devais connaître le motif d’une toile cirée sur une table de cuisine. Je devais entendre les gestes et regarder les mots. Et plus j’aurais de couleurs, et plus j’aurais de musique, et plus le livre serait vivant. »

« Alors, l’IA, ça ne vous fait pas peur pour votre activité ? »

Non. Ça va.

Enfin, faudrait peut-être que je demande à Chat GPT ce qu’il en pense.